Sélection de décembre

Publié le par Silence

Venant des lointaines contrées froides où les sagas sont légions (ça, c'est ce que ce Normand aimerait croire !), Anthony Boulanger s'amuse de temps à autres à oublier les Phoenix et autres Oiseaux qui lui tiennent à cœur dans ses écrits pour revenir sur la terre ferme. Il espère vous envoûter, ou tout du moins vous distraire quelque temps avec ses textes, passés, présents et à venir !
 

La faute à l’autre, là !


    — Figure-toi que j'ai passé une journée des plus exécrables ! Tu sais, ce matin, je devais passer un entretien d'embauche dans le sud de la ville. Bon, hier soir, j'avais regardé le trajet que je devais faire, et porte à porte, j'en avais pour une heure vingt. Le rendez-vous était à dix heures, et en mettant le réveil, je me suis dit : « Prends de la marge, John, ce n'est pas n'importe quel rendez-vous ! ». J'ai donc réglé l'appareil sur six heures et demi, pour partir à sept heures dix.
    — Ah oui, à ce point ! répondit son compagnon. On ne peut plus appeler ça prendre de la marge ! Une heure et demie d'avance !
    — Attends, le coupa John. Le meilleur arrive. Le réveil n'a jamais sonné ! Je me suis réveillé à huit heures trente, les yeux bouffis de sommeil, pour m'apercevoir qu'il y avait eu une coupure de courant pendant la nuit et que la sonnerie avait du coup été désactivée. Quand j'ai vu ça, j'ai sauté illico presto dans mes vêtements. Je me suis passé un gant de toilette sur le visage, j'ai pris mon rasoir pour pouvoir me raser dans le métro, et j'ai filé. J'arrive dans la rue, et là, évidemment, il se met à pleuvoir des hallebardes. En quelques secondes, je me retrouve trempé jusqu'aux os. Qu'à cela ne tienne, je ne me ferais pas recaler pour si peu.
    — Oui, sûr, tout le monde est à la même enseigne, avec la météo !
   — Comme tu dis, répondit John. Mais ce ne n'est pas fini ! Devine ce que je vois une fois que j'arrive à la station de métro en bas de chez moi ? Grève surprise des transports en commun, aucun train en service ! Je commence à paniquer sérieusement quand même : il est alors huit heures quarante-cinq, il me reste une heure et quart avant d'être en retard. Je me plante au bord de la route pour héler un taxi. Il y en a un qui s'arrête enfin, au bout de dix minutes, je me jette dedans. Mais ce que je n'avais pas vu, c'est que le chauffeur fumait comme un sapeur et que mes vêtements allaient empester le tabac froid en moins de deux… Enfin, je me fais une raison : tant que j'arrive à l'heure... Et bien, la fatalité devait être contre moi, au bout de trois cent mètres, on prend l'embranchement pour la voie express, et le chauffeur s'arrête aussi sec. Un embouteillage monstre, mais quand je dis monstre, imagine toi deux ou trois Godzillas transformés en enfilades de voitures ! Finalement, après avoir passé la matinée dans les embouteillages, j'arrive à deux pâtés d'immeuble de ma destination. Je sors du taxi, complètement courbaturé. A ce point-là, je n'ose même plus regarder ma montre. Je commence à m'étirer, puis je me baisse pour refaire mon lacet, et là, comme si je n'en avais pas eu assez pour aujourd'hui, j'entends un grand bruit de déchirure ! Mon pantalon venait de craquer à l'entrejambe !
    — Ça commence à faire beaucoup pour un seul homme à ce point ! Bon, allez, raconte, comment ça se finit, cette histoire ?
    — Tu ne vas jamais me croire ! Juste devant l'immeuble du siège social où je passais mon entretien, à deux pas du salut donc, j'entends un grognement sourd retentir à quelques mètres de moi. Je regarde lentement à ma gauche, et je tombe nez à nez avec un gigantesque doberman qui me montre les crocs ! La saleté se jette sur moi en moins de temps qu'il ne faut pour le dire et me dépouille littéralement de ma veste. Je lui ai abandonné sans demander mon reste, et je me suis précipité dans l'immeuble ! Bon, là je passe sur l'ascenseur dans lequel je suis resté coincé deux heures, et enfin, j'arrive au secrétariat des ressources humaines… Tout ça pour qu'on me dise que le recruteur n'est pas là ! Son assistante s'est trompée dans les dates ! Vraiment une journée gonflante au possible, je te dis ! En quelques heures, toutes les tuiles imaginables me sont tombées dessus… Mais bon… Maintenant, c'est derrière moi, passons là-dessus… Je te baratine avec ma journée depuis tout à l'heure, et toi alors ? Tu ne voulais pas me raconter un truc? Si je me souviens bien, tu avais formulée une loi, un truc du genre, mais il te manquait encore des résultats statistiques pour l'étayer, je me trompe ?
    — Euh, non, répondit Murphy, en fait, ce n'est plus la peine ! Figure-toi que j'ai eu la preuve par l'exemple !

Publié dans AT permanent

Commenter cet article